(Image: Christian Frei)
Pendant trois semaines, le Conseil national et le Conseil des États se réunissent à Berne dans le cadre de la session d'été. Et pendant ces trois semaines, des associations, des entreprises et des groupes d'intérêt organisent parallèlement des réunions auxquelles les parlementaires sont invités. Lobbywatch a analysé et répertorié les invitations aux événements de lobbying organisés pendant la session d'été 2026. Il en ressort un programme chargé de déjeuners, dîners, apéritifs et petits-déjeuners, au cours desquels les frontières entre la vie politique et la défense des intérêts du secteur privé s'estompent systématiquement.
L'industrie s'empare des groupes parlementaires
Il est particulièrement frappant de constater comment les intérêts du secteur privé s'ancrent institutionnellement par le biais de groupes parlementaires. Le groupe parlementaire Hydrogène / Power-to-X organise notamment le 2 juin un déjeuner consacré à la politique énergétique et son secrétariat est assuré par Farner Consulting AG, l'une des plus grandes agences de lobbying de Suisse. L'invitation s'adresse explicitement aux « membres de la CEATE », c'est-à-dire aux représentant·e·s de la commission chargée des questions énergétiques et environnementales au Conseil national. L'événement est parrainé par l'Association suisse de l'industrie gazière, Avenergy Suisse et Alpiq, qui ont toutes des intérêts économiques concrets dans la législation énergétique.
Le schéma n’est pas nouveau, mais il est rarement aussi clairement documenté : une agence de lobbying prend en charge le secrétariat d’un groupe parlementaire, organise des événements, invite de manière ciblée des membres de la commission — et se donne l’apparence d’une organisation parlementaire indépendante.
Les agences de lobbying brouillent les pistes
Une analyse du registre des groupes parlementaires de l'Assemblée fédéraleréalisée par Lobbywatch révèle pour la première fois l'ampleur de cette pratique. Sur 136 groupes parlementaires, 125 sont dirigés par des associations ou des agences de lobbying — dont 46 par des associations économiques ou professionnelles ayant des intérêts économiques évidents.
Certains groupes parlementaires portent d’ailleurs le nom de leur mandant : le groupe parlementaire « Hôtellerie-restauration (GastroSuisse) » est dirigé par l’association Gastrosuisse, l’acteur le plus puissant du secteur suisse de la restauration et de l’hôtellerie. Siéger au sein de ce groupe rapporte jusqu’à 10 000 francs par an aux parlementaires. D’autres secteurs procèdent de manière similaire : Swiss Fintech Innovations représente le secteur financier au sein du groupe parlementaire « Cryptomonnaies/Actifs numériques », le groupe parlementaire « Industrie textile » est dirigé par Swiss Textiles, et l’Association des propriétaires immobiliers défend les intérêts des propriétaires fonciers du pays par l’intermédiaire du groupe parlementaire « Propriété immobilière».
Lorsqu’une association professionnelle gère le secrétariat d’un groupe parlementaire, on sait au moins clairement qui en est à l’origine. En revanche, lorsqu’il s’agit d’une agence de lobbying, les traces s’estompent presque entièrement. Quinze groupes parlementaires sont dirigés par des entreprises telles que Farner ou furrerhugi, qui gèrent chacune quatre secrétariats. Il n’est pas possible de déterminer, sans recherches supplémentaires, pour le compte de qui leurs spécialistes en relations publiques dirigent des groupes sur des thèmes tels que la cybersécurité, l’économie du cannabis ou l’hydrogène.
Vous trouverez ici une liste de tous les groupes parlementaires et de leurs secrétariats :
| Parlamentarische Gruppe | Sekretariat / Trägerorganisation | Adresse |
|---|
Ce que révèlent ces exemples
Le fait que les organisations de lobbying aient un accès direct à la politique nationale par l'intermédiaire des groupes parlementaires pose problème. Cela signifie en effet que quiconque dispose des moyens de financer un secrétariat peut accéder au Parlement. Or, la défense des intérêts devrait, d'une part, être accessible à tous et, d'autre part, être transparente. Ces deux conditions ne sont pas remplies, et encore moins dans le cas des groupes dirigés par des agences de lobbying. Celles-ci devraient au moins divulguer quels intérêts elles représentent, car une démocratie ne fonctionne que si l’on peut savoir qui exerce une influence sur elle.













