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(Photo: Christian Frei)

Il n'existe même pas de photo de l'assemblée constitutive du 24 juin 2014, et le nombre de participants était raisonnable. Au point 6 de l'ordre du jour, on peut lire : "Toutes les personnes présentes déclarent adhérer à l'association". La première plateforme pour la transparence politique en Suisse était ainsi quasiment née. Lobbywatch comptait à peine 15 membres.

L'idée avait mûri pendant quelques années à la rédaction du "Beobachter" : Chaque fois que mon collègue Otto Hostettler et moi-même voulions rendre compte des liens d'intérêts des membres du Parlement et des badges d'accès qu'ils distribuaient aux lobbyistes, nous devions partir de zéro. Les listes mises à disposition par les Services du Parlement (au début dans un bureau du Palais fédéral, où il fallait les recopier) étaient erronées et incomplètes. On ne pouvait souvent que deviner quelles entreprises, associations et organisations faisaient (ou participaient à) la politique au Palais fédéral par l'intermédiaire de quels députés et quels lobbyistes s'affairaient dans la salle des pas perdus à l'invitation des conseillers nationaux et des conseillers aux États. Il n'existait pas, et il n'existe toujours pas, de contrôle officiel et efficace par les services du Parlement des liens d'intérêts et des invités annoncés. La politique fédérale était de facto une chambre noire en ce qui concerne l'influence des groupes d'intérêts.

A partir de 2010, nous avions publié plusieurs articles sur cette thématique dans le "Beobachter". Au début, avec des listes Excel, puis avec une base de données programmée par notre collègue et futur cofondateur de Lobbywatch, Roland Kurmann. En 2012, nous avons pu effectuer un test important. Lors de l'article "Der Befangenenchor", nous avons analysé pour la première fois les liens d'intérêts des membres des commissions de la santé du Conseil national et du Conseil des États à l'aide de notre base de données. Le constat : l'outil avait encore des défauts, mais il fonctionnait. Et il a montré combien d'organisations de lobbying exercent une influence sur la politique de santé suisse.

Un grand écho

Deux années de travail supplémentaires et la création d'une association plus tard, nous avons pu ouvrir notre premier site Internet au public à l'automne 2014. Au début, seules les données de la commission de la santé étaient disponibles, mais l'écho a été impressionnant : des journalistes de toute la Suisse ont fait des reportages - et ont exprimé des souhaits : Ils ont demandé les données de tous les membres du Parlement et une version française du site. Le petit projet à usage interne s'est transformé en un véritable travail du jour au lendemain.

En 2015, nous avons pu présenter la première base de données complète et en 2017, enfin, un site web digne de ce nom. Des étudiants de l'école d'arts visuels de Berne avaient conçu une visualisation dans le cadre d'un cours d'une semaine, qui est encore utilisée aujourd'hui.

En 2017, nous avons osé franchir une nouvelle étape : dans notre mail annuel à tous les membres du Conseil, dans lequel nous leur demandons l'exactitude de nos données, nous avons posé pour la première fois une question monstrueuse pour la Suisse : nous voulions savoir combien rapportaient les différents mandats auprès des associations, entreprises et organisations. Le tollé a été grand au Palais fédéral, et notre boîte aux lettres a reçu des insultes que nous n'aurions pas crues possibles de la part d'élus du peuple. A peine 15 pour cent des députés ont jugé bon de rendre leurs revenus publics.

Largement accepté

Sept ans plus tard, nous pouvons le constater : Notre question sur les revenus ne provoque plus de hausse collective de la pression sanguine au Palais fédéral. Entre-temps, 58 pour cent de tous les députés révèlent combien ils gagnent dans leurs différents postes. Lobbywatch reste ainsi la seule plateforme sur laquelle les revenus des députés sont visibles - du moins pour ceux qui les communiquent volontairement.

Nous sommes assez fiers d'y être parvenus. En même temps, après dix ans, nous sommes un peu désabusés, car une organisation comme Lobbywatch ne devrait pas exister. Nous pensons que la politique et la transparence sont indissociables. Celui qui occupe une fonction publique et contribue à déterminer l'avenir de notre pays ne peut pas se cacher derrière l'idée que ses revenus sont une affaire privée.

Chaque citoyen a le droit de savoir à la solde de qui sont les parlementaires. C'est à l'État qu'il incombe d'assurer cette transparence. Le fait qu'une organisation de la société civile comme Lobbywatch doive s'en charger est en fait une preuve d'indigence. Car même si 58 pour cent des parlementaires publient volontairement leurs revenus sur lobbywatch.ch, les opposants à une déclaration obligatoire ont jusqu'à présent le dessus. Le rejet de l'initiative parlementaire de Lisa Mazzone, qui demandait la publication des rémunérations de la bande passante, le montre clairement.

On ne peut donc souhaiter qu'une chose à Lobbywatch pour les dix prochaines années : Que le Parlement se rende enfin à l'évidence, qu'il assume sa tâche en matière de transparence - et qu'il rende Lobbywatch finalement superflu. Jusqu'à ce que cela arrive - peut-être un jour - Lobbywatch est nécessaire. Plus que jamais.

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