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Conseillère nationale avec des relations spéciales

28.11.2020 11:34 – Thomas Angeli

Isabelle Chevalley, la Conseillère nationale vaudoise des Verts-libéraux, entretient des liens étroits avec le gouvernement du Burkina Faso. Aujourd’hui, les recherches de la plateforme d’information romande «heidi.news» montrent que ses rôles de parlementaire et de consultante semblent se confondre.

«Cette initiative porte préjudice à l’économie du Burkina Faso». Ce sont les propos de Harouna Kaboré, ministre du commerce de l’Etat d’Afrique de l’Ouest, à Berne au début du mois de novembre, pour critiquer de manière flagrante l’initiative sur la responsabilité des entreprises. Le ministre a également critiqué massivement l’ONG suisse Solidar Suisse, qui dénonce entre autres le travail des enfants au Burkina Faso. À la table du ministre africain se trouvait également la Conseillère nationale vaudoise verte-libérale Isabelle Chevalley, qui aurait organisé la visite «privée» des Kaborés en Suisse.

Les recherches menées par «heidi.news» (non disponible en ligne) montrent à quel point les liens de Chevalley avec l’État ouest-africain sont étroits. La Conseillère nationale se décrit comme la «conseillère officielle» du président de l’assemblée nationale du Burkina Faso, Alassane Bala Sakande. Elle conseille le magistrat «de manière sélective sur les questions de gestion des déchets, d’agriculture ou d’énergies renouvelables», selon une citation de «heidi.news».

De plus, Mme Chevalley, qui se déplace apparemment parfois dans des véhicules gouvernementaux lors de ses visites régulières au Burkina Faso, est titulaire d’un passeport diplomatique de ce pays d’Afrique de l’Ouest depuis 2017. Selon «heidi.news», Isabelle Chevalley aurait également été invitée à se rendre en Afrique par la Swiss Trading and Shipping Association, l’association des principaux négociants suisses en matières premières. La conseillère nationale tient à souligner qu’elle a payé elle-même le voyage.

Les recherches effectuées par «heidi.news» révèlent également un autre lien délicat. Souvent quand la Conseillère nationale invite des ministres burkinabés en Suisse, Jürg Stäubli est également présent. L’homme d’affaires était devenu célèbre dans les années 1990 lorsque son empire immobilier s’est effondré à Genève, laissant la Banque Cantonale de Genève avec des pertes d’environ 150 millions de francs. Stäubli a été condamné à près de deux ans de prison pour cela, mais en très peu de temps, il est revenu sur la liste des 300 citoyens suisses les plus riches de «Bilanz». Depuis lors, il a été un bienfaiteur et un ami fréquent des chefs d’État africains. En 2017, Stäubli a également organisé une réception pour le président burkinabé dans le cadre exclusif du «Cercle diplomatique» à Genève.

Les photos du site web de Stäubli montrent également l’homme d’affaires et la Conseillère nationale dans un avion, en compagnie de deux hauts fonctionnaires burkinabés. Dans un premier temps, Stäubli a nié le voyage à «heidi.news», mais a ensuite expliqué que l’avion n’était qu’un «petit avion d’une compagnie aérienne nationale» au Burkina Faso.

Un membre du Conseil national avec un passeport diplomatique d’un autre pays – cela suscite des questions. Par exemple, pourquoi Isabelle Chevalley ne déclare-t-elle pas son engagement en tant que conseillère personnelle du président de l’assemblée nationale burkinabée auprès des services parlementaires? Enfin, les «activités permanentes de gestion et de conseil pour des groupes d’intérêts suisses et étrangers» doivent être divulguées. On peut également se demander si son passeport diplomatique ne contrevient pas au droit parlementaire. En effet, «l’exercice d’une fonction officielle pour un État étranger et l’acceptation de titres et d’ordres émanant d’autorités étrangères» sont interdits par le droit parlementaire.

Selon «heidi.news», le bureau du Conseil national a l’intention de traiter l’engagement de Chevalley auprès de l’État ouest-africain lundi prochain - un jour après le vote sur l’initiative sur la responsabilité des entreprises qu’elle combat avec le soutien des Burkinabés.

Corrigendum : Dans une première version du texte, il était dit qu’Isabelle Chevalley était la conseillère officielle du président burkinabé. Il est exact qu’elle est la conseillère officielle du président de l’assemblée nationale. Chevalley souligne également qu’elle a payé elle-même le voyage avec la Swiss Trading and Shipping Association et que ce n’est très occasionel qu’elle voyage avec des véhicules appartenant au gouvernement burkinabé. De plus, Jürg Stäubli n’est pas présent chaque fois qu’un ministre burkinabé se trouve en Suisse.

Traduction: Charly Pache

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